La presse doit retrouver son rôle de pilier de notre démocratie, par Julien Richard-Thomson - Démocratie Vivante
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La presse doit retrouver son rôle de pilier de notre démocratie, par Julien Richard-Thomson

La presse doit retrouver son rôle de pilier de notre démocratie, par Julien Richard-Thomson

La presse doit retrouver son rôle de pilier de notre démocratie

Comment peut-on être massivement désinformé dans un monde surinformé ? La question a souvent été posée… Alors que nous sommes entrés dans une ère numérique dont il était permis d’espérer au départ qu’elle améliorerait le savoir et la connaissance pour tous,  on constate aujourd’hui que l’information est un bien commun dont l’accès – qui est un droit fondamental – est de plus en plus menacé.

Toutes les enquêtes montrent deux phénomènes paradoxaux. D’une part, l’intérêt pour l’actualité ne cesse d’augmenter parmi la population.  Les deux tiers des Français se déclarent vivement intéressés par l’info (selon le baromètre de l’institut Kantar). D’autre part, la confiance dans les médias traditionnels recule d’année en année. On pourrait même parler d’effondrement  en ce qui concerne la télévision : seulement 1 français sur 3 estime que les journaux télévisés donnent des infos fiables. L’institut Ipsos a montré que les Français sont plus nombreux à considérer être trompés par les médias classiques (54%) que par les réseaux sociaux (37%) !

Cela ne se traduit pas seulement par une méfiance, mais par un véritable rejet de la presse de la part d’une majorité de citoyens, et pas seulement les jeunes. Déjà, depuis  plusieurs années, les partis populistes de droite ou de gauche attisent la haine envers les journalistes par des déclarations peu nuancées sur leur manque d’indépendance ou leurs « mensonges », les faisant parfois huer dans leurs meetings. Lors des manifestations récentes des Gilets Jaunes, un cran a été franchi dans la violence, avec d’innombrables cas d’agressions et de tentatives de lynchage de photographes ou d’équipes de télévision. Citons encore les nombreux blocages d’imprimeries par des manifestants désireux d’empêcher la parution des quotidiens régionaux. Ces comportements inadmissibles ont hélas été excusés, quand ils n’ont pas reçu un soutien explicite, par de trop nombreux politiciens désireux de complaire à un mouvement populaire, jusque dans ses excès flagrants.

Pour ces raisons, notamment, la France recule dans les classements portant sur la liberté de la presse, celui de RSF par exemple.

Les personnes qui conspuent les médias s’informent souvent sur internet, via les réseaux sociaux (ce qui a pour effet néfaste de les enfermer dans un cercle de gens de même sensibilité) mais aussi à travers une constellation de sites de « réinformation » le plus souvent politisés, à l’extrême-droite ou à l’extrême-gauche. Ces « médias alternatifs » que rien ne régule, n’offrent aucune garantie d’aucune sorte, émanant souvent de groupuscules radicaux voire d’un seul individu. Certains propagandistes animent ainsi des dizaines de blogs republiant sans cesse les mêmes infos… ou intox. Ces espaces de « réinformation » sont le royaume des fake news, des théories conspirationnistes ou de l’info tronquée et racoleuse, en d’autres termes un marécage pathogène où les convictions et les croyances priment sur les faits vérifiés. Or l’intox est une épidémie qui galope vite : parfaitement calibrée pour répondre aux interrogations d’un public qui a de plus en plus de mal à appréhender le monde dans sa diversité et dans ses contradictions, à discerner l’information de l’idéologie, elle est « prête à l’emploi ». Elle profite d’un scepticisme mortifère aujourd’hui largement répandu dans l’opinion qui, in fine, aboutit à la crédulité la plus myope, à l’exact opposé d’un véritable esprit critique pourtant fréquemment revendiqué.

Malgré leur soif d’information et d’explications, les Français obtiennent un score piteux dans les enquêtes internationales portant sur les connaissances politiques ou économiques. The Economist  place la France au 29eme rang, derrière le Botswana, dans son « Indice des Démocraties » ce qui constitue une dégringolade ahurissante pour notre pays des Lumières.

Cette haine des médias, instrumentalisée et encouragée par des courants peu démocratiques, s’explique évidemment par le fait qu’ils sont perçus comme les porte-voix des pouvoirs politiques et économiques. Ils sont considérés comme trop proches des politiques, d’une part, et trop dépendants de grands groupes industriels ou financiers  qui, en effet, possèdent la majeure partie des radios, télévisions et journaux (hors service public) d’autre part.

Pour avoir travaillé avec ces médias pendant plusieurs années, je peux pourtant témoigner que les interventions politiques sont rarissimes auprès des rédactions. Un ministre ou un parti qui exerceraient une pression directe sur des journalistes prendraient un gros risque et l’entreprise aurait peu de chance d’être couronnée de succès. De la même façon, les entreprises qui possèdent des médias n’exercent pas de contrôle sur les rédactions, ce qui n’empêche pas, parfois, des phénomènes d’autocensure de la part de certaines rédactions en quelques occasions. La concentration dans le secteur des médias n’est certes pas sans risque ou inconvénient. Cependant ceux qui voudraient empêcher des grands groupes économiques de posséder des journaux ou des chaînes de télévision oublient que sans ces groupes, une grande partie des médias ne pourraient subsister dans un marché de plus en plus difficile, d’ailleurs largement subventionné.

Alors comment sauver la presse, dans un monde où elle n’est plus le seul mode de délivrance de l’information et lui redonner son rôle de quatrième pouvoir, pilier fondamental de notre système politique ?

Le principal ingrédient de l’antidote provient probablement des professionnels de l’information eux-mêmes, qui doivent se livrer à une autocritique salutaire.
Si les grands médias d’information – hors presse d’opinion ou militante – sont peu manipulateurs par intérêts partisans, ils sont en revanche soumis à des objectifs commerciaux qui engendrent des dérives. Bien entendu, un titre de presse doit vendre des journaux, une chaîne de télévision doit faire de l’audimat, un site doit générer du « clic ». Pour autant, cette course à l’audience ne doit pas se faire au détriment de la qualité de l’information, du travail d’investigation et de vérification indispensables. Ainsi les médias dits « sérieux » sont pris, trop souvent, la main dans le sac des titres trompeurs, des raccourcis abusifs, des micro-trottoirs paresseux ou racoleurs, des formules-chocs et autres scoops recopiés à la hâte chez la concurrence, ce qui entraîne inévitablement une perte de crédibilité.

A y regarder dans le détail, l’un des problèmes majeurs me semble résider dans la façon dont les médias conçoivent les titres de leurs articles. Cet aspect est loin d’être aussi anecdotique qu’il n’y paraît, car le titre constitue le principal « argument de vente » d’un contenu journalistique.

Quiconque a déjà travaillé comme journaliste sait que si un article est rarement modifié par le rédacteur-en-chef, le titre quant à lui échappe souvent au contrôle du rédacteur. L’objectif est d’afficher un titre vendeur, qui suscitera immédiatement la curiosité ou l’indignation et fera lire, visionner ou cliquer le consommateur de news qu’est devenu le citoyen… quitte à faire dire à un titre le contraire de ce qui est développé ensuite dans le contenu.

Il est à noter que la radio, qui demeure l’un des médias les plus respectés par l’opinion selon les enquêtes, est justement un média qui n’utilise que peu les titres pour appâter l’auditeur, contrairement aux médias en ligne par exemple.

Des études américaines (notamment celle de l’Université de Colombia) ont montré que 50% des articles partagés sur Facebook n’étaient pas lus au-delà du titre, d’autres enquêtes ont établi également qu’il était fréquent de retweeter un article sans même le lire soi-même.

Voilà pourquoi la population est persuadée qu’en France, il est possible d’être condamné à un an de prison ferme pour avoir dérobé une botte de radis dans une épicerie (ce genre de faits divers fait souvent la Une) alors que celui qui lira l’article au-delà du titre et du sous-titre, s’apercevra que le condamné avait commis en réalité d’autres délits ou qu’il était sous la menace d’une peine avec sursis, la réalité étant plus complexe qu’une phrase racoleuse destinée à faire réagir le lecteur par réflexe.

Une autre tare bien connue des médias est leur « suivisme », qui provoque de véritables emballements : une affaire fera la Une durant une dizaine de jours, accaparant l’espace médiatique tout entier au risque de saturer l’opinion (selon l’institut Kantar, l’affaire Benalla a été surmédiatisée pour 60 % des sondés) puis sera abandonnée brusquement pour laisser place à une autre affaire qui prendra le relai…  Là encore, ce fonctionnement – essentiellement dicté par une logique commerciale, bien loin des intentions obscures que certains peuvent prêter aux médias et à leurs dirigeants ou possesseurs – ne peut que déconsidérer la profession journalistique aux yeux de l’opinion.

Face à ces pathologies graves, des remèdes doivent être administrés avant que le malade ne succombe et notre démocratie avec lui ! Il semble à peu près évident que la survie de la presse devra passer par une « montée en gamme » de ses contenus qui nécessitera de dégager plus de moyens et donc de trouver de nouvelles ressources financières, en remplacement de la baisse des ventes et des recettes publicitaires. Des initiatives novatrices sont à saluer, comme les partenariats entre médias dans le cadre d’opérations de « fact checking » ou d’enquêtes d’investigation exigeantes, parfois de portée internationale.

A court terme, il peut exister des outils simples à mettre en place afin de restaurer une certaine éthique dans le traitement de l’information et par là même, tenter de reconstruire la confiance envers la presse. La création d’un Conseil de déontologie du journalisme, défendue par le ministre Franck Riester apparaît comme une évidence. Rassemblant des professionnels de l’information, il ne semblerait pas illégitime que certains observateurs extérieurs (élus, associations, citoyens…) puissent participer à ses travaux. Il pourrait être saisi par toute personne ayant relevé un manquement ou un abus. Mais un Conseil de déontologie sans pouvoir de coercition risquerait d’être un énième comité Théodule, autrement dit un placebo sans grand effet. En cas de manquement avéré et si possible reconnu par un média, une sanction envisageable, particulièrement vertueuse à mes yeux, pourrait être d’imposer au fautif ayant reproduit une information erronée, de publier un nouvel article de même importance rétablissant la vérité des faits ou des chiffres. Ou encore d’imposer la publication d’avis variés sur tout sujet non consensuel, ce qui est en principe l’une des bases du travail du journaliste. Cette mesure pourrait être dissuasive et contribuerait à rendre ses lettres de noblesse à la presse, qui doit retrouver son rôle de contre-pouvoir fiable, essentiel et irremplaçable dans notre démocratie.

 

Julien Richard-Thomson
cinéaste, auteur, journaliste

 

Les propositions de Démocratie Vivante en matière de droit à l’information : 

L’accès du citoyen à une information de qualité – non truquée – est un droit fondamental et une condition du débat démocratique. Pour nous il ne s’agit pas de limiter les confrontations d’opinions ni de restreindre la liberté d’expression, mais bien de lutter contre des manipulations d’envergure qui se sont développées notamment via internet et les réseaux sociaux, notamment par le fameux phénomène des « fake news ».

Améliorer l’accès à l’information du citoyen :

1) par la presse (TV, radio, journaux, presse en ligne etc)

Rendre à la presse son rôle de pilier de la démocratie en garantissant sa fiabilité, par la création d’un conseil de déontologie (intégrant des journalistes, des intellectuels, des élus, des citoyens tirés au sort), éventuellement sous la houlette du CSA, disposant d’un pouvoir coercitif : en cas de manquement flagrant et reconnu, le média concerné devra diffuser ou publier un contenu rectificatif, de même importance, taille ou durée, que le contenu erroné, selon le principe « pollueur-payeur ».

2) par les réseaux sociaux et plate-formes vidéo (youtube etc)

Permettre la circulation des informations et des opinions, sans restreindre cette liberté essentielle mais en luttant contre les manipulations et la diffusion de fausses nouvelles de nature à tromper l’opinion.

En complément des dispositifs légaux de répression (loi sur les « fake news » déjà votée) mise en place d’un outil de prévention : donner la mission au comité de déontologie de la presse, d’analyser les contenus en ligne et d’imposer aux hébergeurs et diffuseurs un pictogramme d’alerte sur les contenus contestables.

Cette voie médiane permet de ne pas supprimer les contenus litigieux mais d’avertir les personnes qui les consultent.

  • EN RÉSUMÉ :

Démocratie Vivante soutient la création d’un conseil de déontologie pour la presse, qui pourra imposer des rectifications et des erratums aux contenus diffusés par les médias traditionnels accessible en France ; et propose  la création d’un dispositif de prévention consistant en un pictogramme signalant les contenus en ligne litigieux (qui ne tomberaient pas déjà sous le coup de la loi), sans les supprimer.

 

(Par le pôle Média Démocratie Vivante – Julien Richard-Thomson)

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