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Tribune – La réforme des retraites doit privilégier la justice sociale

Tribune – La réforme des retraites doit privilégier la justice sociale

Par Dominique Villemot, Jacky Bontems et Aude de Castet

Pour Démocratie Vivante – parue dans Le Monde

 

Lors de son déplacement dans le Lot le 3 juin Emmanuel Macron a évoqué face à des retraités d’éventuelles « décisions difficiles » à prendre cet été, mais aussi des gestes à faire en faveur des « petites retraites ». Il a précisé qu’en tout état de cause, les deux textes de loi votés début mars 2020 par l’Assemblée nationale ne pourront pas « être repris en l’état ».

 

Pourquoi réformer nos retraites ? Tout d’abord pour remettre de la justice sociale dans un système morcelé en 42 régimes qui traitent différemment les personnes selon le métier exercé ou l’entreprise dans laquelle elles ont travaillé. C’était l’objectif du régime universel du programme présidentiel d’Emmanuel Macron. Retenir un système par points était à l’origine une proposition de la CFDT. Mais instituer un tel régime universel était beaucoup trop ambitieux. Il est très compliqué d’appliquer le même régime aux salariés, pour lesquels l’employeur acquitte aussi une cotisation, et aux indépendants qui sont seuls à financer leurs régimes. Enfin les fonctionnaires étaient perdants, sauf ceux qui perçoivent des primes importantes, car leur pension est actuellement calculée sur leurs six derniers mois de traitement. Il vaut donc mieux renoncer à cette révolution systémique qui avait fini par rassembler tous les Français contre elle. Elle pourra éventuellement être reprise plus t-ard, mais avec une période de transition très longue, de 40 ans, par exemple.

 

La justice doit rester l’objectif prioritaire de la réforme. Si une réforme doit être votée d’ici la fin du quinquennat, c’est-à-dire en pratique d’ici fin 2021, il faut privilégier la revalorisation des petites retraites. Emmanuel Macron l’a évoqué. Le minimum contributif est en effet actuellement de 645,5 euros par mois si l’assuré a acquis le nombre d’annuités nécessaires pour avoir une pension sans décote. L’idéal serait à terme de fixer le niveau du minimum contributif à celui du Smic, et déjà à 1000 euros très rapidement. Cela concerne environ 5 millions de retraités, dont plus des deux tiers sont des femmes. Il faudra aussi penser aux jeunes qui, du fait de la crise sanitaire, ont eu de la difficulté à entrer sur le marché du travail. Mais cela relève peut-être plus de la garantie jeunes universelle.

 

La deuxième mesure à prendre serait de mettre fin aux régimes spéciaux en les intégrant dans le régime général, là-aussi au nom de la justice. C’est de fait déjà le cas pour le régime de la SNCF, puisqu’il n’est plus procédé à des recrutements sous statut depuis le 1er janvier 2020. On pourrait faire de même pour les autres régimes spéciaux avec une clause dite de grand-père, c’est-à-dire que la mesure ne s’appliquerait qu’aux nouveaux recrutés à compter du 1er janvier 2022, par exemple.

 

Reste la question du financement. Selon le dernier rapport du COR le besoin de financement de nos régimes de retraite s’élève à environ 12 milliards par an. Mais politiquement il n’est pas facile de faire admettre aux Français une mesure budgétaire car le « quoiqu’il en coûte » a rendu nos concitoyens beaucoup moins sensibles aux préoccupations financières. Nous ne sommes pas favorables à l’introduction d’un âge pivot, comme le voulait Edouard Philippe, ni à reculer l’âge légal du départ à la retraite, que propose Xavier Bertrand, mesures qui pénaliseraient ceux qui ont commencé à travailler tôt, comme les ouvriers et certains employés, alors que les cadres qui commencent à travailler vers 22-23 ans ne seront pas concernés : ils doivent de toute manière travailler pendant 42 ans, ce qui les amène à liquider leurs pensions à 64-65 ans.

 

Il vaut mieux accélérer la réforme dite Touraine qui consisterait à allonger à 43 ans le nombre d’années de carrière, mesure qui touche de manière uniforme tout le monde, et qui est donc plus juste.

 

Et surtout il faut améliorer le taux d’emploi des Français. En France le marché du travail est difficile pour les moins de 25 ans et pour les plus de 55 ans. Le taux d’emploi des 55-64 ans n’est que de 52% contre 61% pour la moyenne de l’OCDE. Or une amélioration du taux d’emploi, ce sont des cotisations supplémentaires pour les retraites. L’amélioration de notre compétitivité et de la formation professionnelle des salariés doivent être prioritaires, comme a prévu de le faire le plan de relance.

 

Une telle réforme devrait de toute manière être précédée d’une concertation avec les partenaires sociaux.

 

C’est en privilégiant la justice que l’on pourra entraîner l’adhésion à nouvelle réforme des retraites.

 

Démocratie Vivante vient de publier « Les transformations du travail » préfacé par Emmanuel Macron

 

 

 

 

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