Pour l’élaboration d’un projet de société neuf, humain et inclusif - Démocratie Vivante
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Pour l’élaboration d’un projet de société neuf, humain et inclusif

Pour l’élaboration d’un projet de société neuf, humain et inclusif

« Ce constat ne prétend à aucune objectivité mais explique notre croyance en la nécessité de l’élaboration d’un projet de société humaniste et ambitieux saura redonner confiance aux Français à la fois en eux-mêmes, dans leurs prochains (quels qu’il/elle soit) et en l’avenir de leur pays. »

I) Introduction Générale

 

Toute génération voit le jour dans un monde façonné par celles qui l’ont précédée. Elle en hérite les luttes et doit en relever les défis. Elle manifeste aussi régulièrement un désir de rupture et de dépassement. La nôtre fait pourtant face à une situation inédite : les choix de nos aînés, leurs réussites comme leurs excès, menacent non seulement le mode de vie auquel nous sommes parvenus mais jusqu’à la possibilité même d’une vie future. Face à la perspective de l’effondrement, nous n’avons d’autre choix que de nous réinventer ensemble. Il nous faut pour cela faire face à la montée d’une violence systémique et nous battre pour sauver ce qui doit l’être dans notre modèle de société. La transition sera démocratique ou ne sera pas.

Le diagnostic que nous portons sur notre pays nous incite à croire qu’une impulsion sociétale nouvelle, incarnée par un ensemble de réformes cohérentes, qui seule permettrait de répondre de manière adéquate aux besoins et attentes réels de la population française. Dans un contexte où des urgences s’accumulent sur les fronts climatiques, de la pauvreté ou de la sécurité, il nous apparaît fondamental que l’Etat et les élites de notre pays ne limitent pas l’action politique à l’application stricte de préceptes cardinaux que sont devenues les notions d’efficacité et d’optimisation. Quand notre bien-être commun est menacé, les classes dirigeantes se doivent en effet de réfléchir et d’agir avec l’obsession de l’intérêt du plus grand nombre, que ce soit sur les enjeux écologique, migratoire, économique, sécuritaire, diplomatique, éducatif, culturel, de santé ou encore d’urbanisme. Si le Président de la République et son gouvernement ne convainc pas la population que le projet de société qu’il incarne répond, sans concession aucune, à cet impératif du bien-être commun, le risque d’implosion de notre nation par différents biais est bien réel.

En effet, bien que nous les acceptions de plus en plus comme des faits accomplis, voire justifiés, les inégalités ne cessent de s’aggraver dans notre société. Ces inégalités prennent de multiples formes : sociaux économiques, accès aux services publics, aux loisirs, à l’alimentation, à la culture, aux médias, à la représentativité. Elles ont en outre des causes structurelles, au premier rang desquelles l’individualisation de nos comportements et la centralité de l’argent dans l’obtention d’un statut social, réservant un accès privilégié à la santé, à l’éducation, à la sécurité voire à la beauté.

Ces inégalités sont tout aussi visibles dans le manque de mise en valeur de la variété des voix, talents et créativités qui composent notre nation. Dans des médias régis par l’impératif du profit et l’obsession de l’instantané, de nombreux citoyens ne sont pas en capacité de proposer ou d’accéder à des alternatives discursives. Il en va de même pour les potentiels de nos générations, car seuls certains parcours, diplômes, méthodes et métiers étant valorisés, les talents de chaque individu sont bien souvent gâchés voire dénigrés. Ce manque d’épanouissement empêche beaucoup de trouver leur place dans notre pays et de contribuer positivement à son évolution.

Il est ainsi urgent de reconnaître qu’une partie significative de la population Française se sent mise à l’écart de son propre destin. Autour de sentiments profonds d’injustice, de frustration et d’étouffement qui s’enracinent, une colère sourde émerge. Cette colère est à la source de nombreuses formes de violence qui gangrènent tous les pans de notre société et de notre vie. Ce sentiment de rejet et d’humiliation, le manque d’avenir et de perspectives, sont tout d’abord des vecteurs facilitant l’expansion des menaces terroristes et criminelles. Cette colère est aussi perceptible dans l’atmosphère clivante créé par la propagation des paroles de haine, le succès des théories du complot voire dans un traitement général de l’information loin de toute forme de nuance.

La prégnance dans les agendas politiques centrés autour de la priorité sécuritaire et de la soi-disant nécessité d’une identité assumée face à un ennemi intérieur et extérieur dénote aussi l’essoufflement du système partisan dans sa capacité à répondre à cette crise de société autrement que par l’accentuation de la division entre citoyens. Il est clé enfin de noter que cette violence est protéiforme et évolutive, elle concerne aussi le cadre scolaire dans le rapport inter-élèves ou professeurs-parents d’élèves, le cadre domestique ou encore le monde du travail où l’augmentation continue du nombre d’accidents et maladies professionnelles, de suicide et de dépressions est alarmante. Ainsi, l’imprégnation de la violence dans toutes les couches de notre société et dans tous les aspects de notre quotidien menace selon nous notre modèle de vie démocratique.

Ce constat ne prétend à aucune objectivité mais explique notre croyance en la nécessité de l’élaboration d’un projet de société humaniste et ambitieux saura redonner confiance aux Français à la fois en eux-mêmes, dans leurs prochains (quels qu’il/elle soit) et en l’avenir de leur pays. Nous, Français du 21ème siècle, ne participons peut-être pas à la vie collective de la même manière que nos aînés, mais notre volonté d’agir n’en est pas moins grande. À bien des égards, par nos modes de communication et d’organisation, par notre rapport au travail ou à la consommation, par les initiatives locales que nous portons, notre génération travaille avec une énergie considérable à l’aube d’une transition en marche. Or, force est de constater que les voix, vécus et points de vues de nos générations sont étouffées, la diversité et richesse de nos expériences et talents trop souvent gâchées. Ainsi, notre génération souffre de l’absence d’un véritable espace d’expression permettant le partage de nos opinions et expériences dans leur diversité. Or, l’articulation de nos forces et pensées, tout comme la création de nouveaux horizons d’action, ne pourront se faire sans une adhésion profonde à un projet de société inclusif, nouveau et, avant toute chose, profondément humain.

 

II) Les dérives symboliques

 

A travers nos expériences, nous avons vécu les errements dramatiques des politiques d’asile, de gestion du territoire ou de sécurité quand l’Etat, au nom d’une optimisation des coûts ou de la préservation supposée de notre liberté, abandonne ses structures solidaires, la méritocratie et par la même renonce à ses valeurs de fraternité et d’égalité inter-citoyenne.

2.1. Le totem sécuritaire

La France vit dans une obsession sécuritaire. Loin de toute réalité de terrain, le pouvoir et la nocivité des organisations criminelles sont omises dans les discours et réponses publiques, un groupe d’individus influents omniprésents dans les médias qualifient au nom des citoyens de France ce qui constitue la (leur) « Sécurité » et les menaces sécuritaires. Cette instrumentalisation du sentiment sécuritaire, par essence subjectif et circonstanciel, a donné le champ-libre aux parti-pris partisans et idéologiques, à la stigmatisation, aux clivages et discriminations. La sécurité en tant que fonction régalienne et socle du contrat Lockien de société unissant les citoyens à l’Etat Français doit être préservée pour éviter des dérives que constituerait notamment une évolution vers un modèle anglo-saxon où la sécurité de chaque individu devient dépendante de ses ressources.

L’Etat, à travers ses agences et ministères, déploie des moyens multiples contribuant à la fois à la prévention, à la résilience ou à la réponse face à ses menaces complexes qu’il se doit de mieux définir et expliquer dans l’espace public, les médias notamment. Outre ces moyens, le projet de société et le narratif, nuancé ou hystérique, porté par un exécutif contribue fortement à définir les préoccupations sécuritaires des citoyens. L’Etat et ses agents doivent donc reprendre en main, et d’urgence, le discours sécuritaire.

L’Etat a par ailleurs un rôle-clé, possiblement sous-considéré, dans l’éducation à la sécurité. Or, éduquer à la sécurité ne peut se traduire par le financement de cours de sports de combat à l’ensemble de la population ou à donner au citoyen un rôle de prévention de la délinquance (quelle efficacité face aux Mafias ou au crime financier ?). La réponse experte doit rester du ressort d’agences de l’Etat aux compétences adéquates (police, gendarmerie, douanes etc). Nous concevons ainsi l’éducation à la sécurité comme le tissage du lien entre les différentes couches de la société. La construction du lien inter-citoyens, ce respect mutuel, l’Etat le construit à travers ses politiques territoriale, culturelle, sociale ou éducatives. Durant l’ensemble de la vie du citoyen, et par une multitude d’actions, l’Etat peut ainsi avoir un impact sur la diffusion des bonnes pratiques et réflexe de solidarités.

Parmi ces initiatives nous recommandons :

  • Formations obligatoires de premiers secours, de réponses face aux incendies, aux incivilités dans l’espace professionnels etc. Ces bonnes pratiques, y compris le bénévolat dans des associations, pourraient être valorisées et incitées financièrement et/ou socialement (prix etc).
  • Un service citoyen de 1 à 3 mois obligatoire pour des jeunes de moins de 18 ans en décrochage scolaire et en situation de délinquance juvénile. Ces jeunes seraient sélectionnés par une commission quadripartite composée d’un juge pour mineurs, d’éducateurs sociaux, de membre du personnel scolaire et des forces de l’ordre suite à la proposition d’un de ces acteurs. Ce service citoyen s’effectuerait dans une agence de l’Etat (militaire mais aussi pompiers, eaux et forêts, services des sports etc). A la fin de ce service citoyen, les jeunes recevraient une certification, élément indispensable pour créer une motivation et offrir des perspectives de formations professionnelles. Cette certification serait assortie d’un effacement probatoire d’un éventuel casier judiciaire et d’un suivi continu par des éducateurs sociaux.

Si nous estimons que 10000 jeunes seraient concernés chaque année, 1000 éducateurs nouvellement formés et dédiés à ce programme nous semblent nécessaires. Le soutien des chambres de métiers et de l’artisanat ainsi que de pôle emploi offrirait non seulement une alternative à la prison mais une possible (ré)intégration à la société par une valorisation nouvelle d’un talent ou de compétences développés lors de ce service citoyen. Outre la contribution sociétale de l’individu, ce service contribuera aussi à l’abandon de certaines pratiques violentes (radicalisation religieuse, criminalité…) et éviterait un décrochage profond entre l’individu et la société, ce qui constituerait un facteur d’économies importantes sur le temps long.

2.2. Une politique migratoire et d’accueil inhumaine et illogique…

A travers les choix de politique migratoire et d’intégration s’incarnent une certaine vision de l’être humain et de la confiance en l’avenir d’une nation. Or, derrière une confusion de termes légaux et de rhétoriques xénophobes, des politiques migratoires et d’intégration, sans humanisme ni vision, sont actuellement bâties selon l’idée d’une incapacité supposée de nos sociétés vieillissantes à « accueillir toute la misère du monde » ou à sauvegarder ce qui peut l’être de notre cohésion sociétale. Cet impératif sécuritaire, souvent teinté d’opportunisme électoral, s’avère être une chimère utopique aux conséquences humaines dramatiques.

33.761, c’est le nombre de migrants morts ou disparus dans la Méditerranée de janvier 2000 à juin 2017. Des mineurs forcés de se prostituer pour espérer un meilleur futur, des Syriens préférant retourner dans leurs pays à une mort certaine, des réseaux de trafiquants plus puissant que jamais ; l’accueil des migrants par l’Union Européenne (UE) sur son sol est un tableau noir.

Toute analyse honnête des racines et de l’évolution des flux migratoires arrive à la conclusion suivante : le contour de la Méditerranée constituera, pour de nombreuses années encore, une source ou un point de transit clé pour des populations poussées à l’émigration par la famine, un régime autoritaire, des conflits et difficultés socio-économiques. La détermination des demandeurs d’asile quittant leurs lieux de naissance, non pas par choix, mais par nécessité, n’a ainsi d’égale que l’habilité des passeurs qui inventent sans cesse de nouvelles routes de migration en fonction des obstacles de passage. En provenance d’Afrique Subsaharienne, les routes se sont ainsi déplacées en quelques années, des îles Canaries vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, pour s’orienter ensuite successivement vers la Libye en guerre, la Turquie et récemment revenir vers le détroit de Gibraltar et l’Italie. Ainsi, sans tenir compte du coût, de l’esclavage forcé, des maltraitances multiples et du risque pour leurs vies, migrants et réfugiés continueront à arriver en Europe.

Face à ce constat, Claire Rodier montre comment l’UE a décidé, depuis le début des années 2000, d’opter pour une « bunkérisation » de notre sol, tout en formulant le vœu pieux que les immigrés ne partent pas ou restent dans des camps proches des zones qu’ils cherchaient à fuir. En effet, à travers des fonds fiduciaires d’urgence, des « missions de protection » ou centres de tris éloignés, des accords-cadres avec les pays-tiers les plus concernés, l’UE externalise le contrôle et la gestion des flux migratoires. En échange de mesures pour freiner les départs de leurs ressortissants vers l’Europe, des Etats aux régimes politiques variés, comme l’Ethiopie, le Niger ou le Liban, obtiennent aides financières, blanc-seing politique et soutien diplomatique.

Prise au dépourvue par le fait que, malgré ses efforts, des migrants décident quand même de quitter leurs patries d’origine, l’UE investit dans la sécurisation de ses frontières et la lutte contre les passeurs de migrants clandestins, notamment à travers le triplement du budget de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (AEGFGC). Paradoxalement, face au choix de cette politique ultra-sécuritaire, les trafiquants ne cessent de voir leur pouvoir se renforcer. En effet, la fermeture des voies légales de passage et la bunkérisation évoquée de nos territoires les transforment en unique recours possible des réfugiés. Leur montée en puissance justifie ironie du sort, toujours davantage de moyens sécuritaires pour faire face à la nouvelle menace que ces réseaux constitueraient. Dans ce cercle vicieux aux allures de gouffre financier, rejeter la responsabilité de l’échec de notre muraille militaro-sécuritaire sur les « marchands de morts » ou les insitutions europénnes, des bouc-émissaires tout désignés, ne nous dédouanera pas nos abandons humanistes face au jugement de l’Histoire.

Les politiques européennes en matière de gestion des flux migratoires et d’accueil des réfugiés sur notre sol ne sont pas viables sur le long-terme. Il importe de rappeler ici que nos choix politiques et les projets de sociétés qu’ils portent décideront de la survie de nombreux êtres humains. Pris au piège en Grèce ou en Espagne par des procédures d’asile volontairement complexifiées, par les renvois « Dublin II » et abandonnées à leurs sorts suite à la fermeture de nombreux camps dû au tarissement des fonds européens, ces réfugiés ont le choix entre une mort certaine et se battre par tous les moyens pour manger, dormir et poursuivre leurs routes. Cette lutte dans des territoires à l’agonie, en Grèce et ailleurs, ne manquera de générer des violences avec les populations locales et de soutenir la rhétorique des extrêmes droites déjà bien implantées.

Conscient des conséquences humaines de nos choix politiques passés, inspiré par un regard nuancé et honnête sur des faits précis, il y a donc urgence à :

  • Rediscuter la totalité de nos politiques migratoires et d’accueil des réfugiés sur notre sol. Selon François Genmenne, ce sont quand des peuples ne croient plus suffisamment en la force de leur identité, de leur culture ou du projet politique dont ils font partie, qu’ils se replient par crainte de destruction d’acquis qu’ils perçoivent comme en danger. Or, comme le soulignent, aussi bien le Pape François que le Secrétaire Général de l’ONU M. Gutteres, seule une réponse humaniste garantissant l’égal accès de toute personne aux ressources, aux savoirs, à l’expertise et à l’expression de son potentiel, permettrait de sauver la cohésion, le bien-être social et la stabilité économique de l’Europe et de la France. Réallouer des moyens d’expulsion vers des capacités d’accueil et d’intégrations dignes de la souffrance et des potentialités de ces individus semble essentiel.
  • Cette réflexion doit conduire à un indispensable nuance, puis un changement radical, du narratif autour des demandeurs d’asile. Il faudrait par exemple rappeler que l’ensemble des rapports du Sénat français en 2011, du PNUD ou des chercheurs de l’université de Lille II reconnaissent que la migration est un atout économique majeur pour les sociétés européennes. Tout en mettant en valeur les élans et initiatives de solidarité et de soutien à ces populations démunies, ce rejet de l’obsession sécuritaire au projet d’un humanisme assumé renforcerait fortement la cohésion nationale en luttant contre les attaques racistes et xénophobes, les préjugés, clivages et discriminations. Ce changement de paradigme éviterait par ailleurs d’accentuer un sentiment de rejet des populations immigrées déjà intégrées, souvent assimilées à des arrivants considérés comme l’origine de nombre de maux socio-économiques et sécuritaires.

 

Guillaume Soto-Mayor

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