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ECHEC JAMAIKA – LE VRAI VISAGE DU FDP, PARTI LIBÉRAL ALLEMAND. ET MAINTENANT ?

ECHEC JAMAIKA – LE VRAI VISAGE DU FDP, PARTI LIBÉRAL ALLEMAND. ET MAINTENANT ?

Comprendre ce qu’est le parti libéral allemand d’aujourd’hui permet de saisir la raison pour laquelle la direction de ce parti a claqué la porte des négociations. Son départ est de toute façon bon pour l’Europe. L’Allemagne est-elle vraiment dans une crise politique ? Pas sûr. Oui, si les grands partis s’effondrent.

Le FDP n’est plus le parti pro-européen des années 1968-1992

Le FDP d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui de la fin des années 60-90.Il a toujours été un parti charnière depuis la création de la RFA en 1949. Il a participé à 15 gouvernements dirigés par la CDU et à 5 dirigés par le SPD. La CDU, jusque dans les années 60, a gouverné l’Allemagne sans alternance. Fin des années soixante la CDU était à la tête du pays en grande coalition avec le SPD, parti junior de cette coalition. Il a fallu attendre la fin des années soixante, pour que des hommes au sein du FDP, tels que Walter Scheel et Hans-Dietrich Genscher, mettent fin au règne de la CDU et contribuent à ce que Willy Brandt, grande figure politique du SPD de l’époque, parti déjà enfermé dans la grande coalition, devienne chancelier. Walter Scheel devint Vice-Chancelier et ministre des Affaires étrangères du Gouvernement SPD-FDP dirigé par Willy Brandt. On connaît la suite, le FDP, pro-européen avec Walter Scheel, a mené avec Willy Brandt, la Ostpolitik, la politique de détente à l’Est au début des années soixante-dix et ce, en pleine guerre froide.

Cette « Ostpolitik » ce ne fut pas rien : l’agenouillement de Willy Brandt, devant le mémorial des morts du ghetto de Varsovie, jour de l’accord de Varsovie entre la Pologne et la RFA, l’accord de Moscou entre l’URSS et la RFA, le traité de Prague entre la Tchécoslovaquie et le RFA qui stipule notamment la nullité des accords de Munich de 1938 et reconnaît les frontières actuelles et le traité fondamental entre la RFA et la RDA. C’est sous Helmut Kohl, dans le cadre du gouvernement CDU-FDP, qu’Hans-Dietrich Genscher, Vice-Chancelier et ministre des Affaires étrangères, décide de soutenir à la fin des années quatre-vingts, la politique novatrice de Mikhaïl Gorbatchev. C’est en faisant preuve d’une fine politique diplomatique auprès de ses collègues de Tchécoslovaquie, de Pologne, d’URSS et de RDA, qu’il contribue, l’été précédant la chute du Mur de Berlin à mettre fin à la crise des réfugiés de l’ex-RDA (mot officiel à l’époque) dans les ambassades de la RFA de Prague et de Varsovie. Le flot des réfugiés dans ces ambassades était tel que les conditions d’hygiène ne pouvaient plus être respectées. Et c’est dans un discours célèbre au balcon de l’ambassade de la RFA à Prague que Genscher les autorise à partir librement en RFA. C’était le FDP de l’époque.

Le FDP d’aujourd’hui est plus proche du FPÖ autrichien

Qu’en est-il aujourd’hui ? Qu’est-ce que le FDP de Christophe Lindner ? Le FDP a été éjecté du Bundestag aux élections législatives de 2013 n’atteignant pas la barre des 5%, ce qui fut également le cas lors d’élections de nombreux Länder.

Aujourd’hui, le FDP a fait peau neuve et a changé, il revient sur la scène politique animée par une politique fortement droitisée. Il a rompu avec sa tradition européenne qui faisait sa force. Lindner s’adresse aux eurosceptiques, prône le Grexit. Il est farouchement opposé à la proposition d’Emmanuel Macron d’union budgétaire de la zone Euro. Pour lui, la Russie peut garder la Crimée et les réfugiés doivent retourner dans leur pays. Comme le dit si bien Dany Cohn-Bendit : « Christian Lindner, le patron du FDP, est engagé dans une dérive à la Jörg Haider, l’ancien leader du FPÖ autrichien. Il pense pouvoir récupérer une partie de l’électorat de l’AfD avec son cocktail de nationalisme économique, d’euroscepticisme et de refus de l’immigration » (Libération, 20 novembre 2017, Jean Quatremer). Bien entendu qu’il ne pouvait pas y avoir d’entente entre le FDP et les Grünen lesquels ont montré leur capacité de négociation et leur volonté de compromis, tout en défendant leurs valeurs qui sont opposées à celles du FDP.

Et maintenant !

Un FDP définitivement hors course serait excellent, car la partie se jouerait entre partis pro-européens (CDU/CSU, Grünen, SPD). Avec une culture de coalition, il peut y avoir beaucoup de variantes, ce qui est difficilement compréhensible chez nous, car en Allemagne un parti, seul, ne recherche pas la majorité absolue, ce qui rappellerait une triste et funeste époque, d’où les coalitions. Quelles sont les variantes possibles, en espérant ne pas en oublier :

Une grande coalition CDU-SPD ? La direction du SPD s’est prononcée ce 20 novembre à l’unanimité de nouveau contre une grande coalition et pour de nouvelles élections. Mais de fortes pressions sont exercées sur le SPD pour qu’il prenne ses responsabilités. L’un des négociateurs des Grünen, Jürgen Trittin, ancien ministre écologiste de l’environnement des gouvernements Schröder, a lancé cette phrase en direction du SPD, reprise par les médias : « Arrêtez de bouder »

Un gouvernement minoritaire ? Ce serait dans ce cas une rupture avec la tradition des gouvernements stables de l’Allemagne de l’après-guerre. Angela Merkel n’est pas pour cette option. Le seul gouvernement minoritaire en Allemagne fut celui d’un Land de l’Est, la Saxe-Anhalt, dans les années quatre-vingt-dix, il était dirigé par le SPD. Le Parti du Socialisme Démocratique, PDS, devenu plus tard die Linke, soutenait ce gouvernement sans y participer. En effet, il fallait laisser du temps pour stabiliser une situation nouvelle au temps de la réunification. Contrairement à Martin Schulz, des voix laissent entendre cette possibilité de Gouvernement minoritaire, notamment des députés qui ont peut-être entendu la petite phrase de Jürgen Trittin.

Une proposition innovante de Dany Cohn-Bendit : les deux grands partis CDU et SPD ne sont plus chacun entre 30 et 40% mais plutôt entre 20 et 30%. Aussi pourraient-ils gouverner ensemble en alternance : 2 ans avec un/e chancelier/ CDU et 2 ans avec un/e chancelier/e SPD.

De nouvelles élections ? Si l’Allemagne devait revoter, pour y arriver, ce serait le vrai parcours du combattant. S’il y a de nouvelles élections, Angela Merkel est prête à repartir au combat, soutenue par 54% des Allemands. Cependant, le fait qu’Angela Merkel ne parvienne pas à former une majorité, ne signifie pas qu’il y aura automatiquement de nouvelles élections. Deux voies sont possibles : SOIT en tant que chancelière sortante, elle propose une motion de confiance au Bundestag et celle-ci n’obtient pas la majorité, ce qui autoriserait le Président fédéral à dissoudre le Bundestag. Mais des juristes excluent cette variante, car un chancelier ou une chancelière ne peut solliciter la confiance du Bundestag si ce dernier ne l’a pas élu, ce qui est le cas actuellement, puisque la nouvelle assemblée est installée depuis un mois. SOIT le Président de la République, selon l’article 63 de la Constitution, peut provoquer de nouvelles élections, mais seulement au bout d’un long processus. Il doit d’abord proposer un chancelier au Bundestag. Si celui-ci n’obtient pas la majorité, ce qui n’a jamais encore eu lieu, les députés ont 14 jours pour trouver un candidat. Passé ce délai, si n’a été élu qu’un candidat bénéficiant d’une majorité relative, le Président peut soit le nommer chancelier avec au bout sans doute un gouvernement minoritaire, soit dissoudre le Bundestag. Une dissolution que veut éviter à tout prix le Président fédéral, Frank-Walter Steinmeier, membre du SPD.

Le Président de la République projeté sur le devant de la scène Frank-Walter Steinmeier, SPD, a quitté son mandat de ministre des Affaires étrangères de la grande coalition pour devenir Président de la République le 19 mars 2017. Resté silencieux depuis sa prise de fonction, il se trouve projeté sur le devant de la scène avec la rupture de la coalition Jamaïka. Son rôle n’est pas des moindres maintenant. Sa position est claire. Le Président fédéral n’est pas pour de nouvelles élections. Il a mis en garde les partis, en leur rappelant leur responsabilité dans la formation du gouvernement : « Les partis sont là pour former un gouvernement, pour servir le pays et pas leurs intérêts et surtout pas pour renvoyer la balle dans le camp des électeurs. Les Européens ne comprendraient pas que l’Allemagne ne soit pas capable de constituer un Gouvernement. J’ai décidé de rencontrer tous les responsables de partis, qu’ils aient participé aux négociations, ou pas ». La balle est dans son camp. Avec cette situation historique et inédite, les Allemands qui ont un régime parlementaire sont entrain de découvrir à quoi sert un Président de la République en Allemagne.

Et les Allemands dans tout ça ? Selon un dernier sondage, juste après la rupture de Jamaïka le 20 novembre, 57% des Allemands regrettent l’échec. 54% sont satisfaits du travail d’Angela Merkel. Si 29% (+9%) sont pour un gouvernement minoritaire, la grande majorité 63% (-12) sont pour de nouvelles élections. Sur la participation ou non du SPD à un gouvernement de grande coalition, les Allemands sont partagés : 50% sont pour qu’ils restent dans l’opposition et 44% pour une participation gouvernementale avec la CDU. Concernant l’électorat du SPD, 55% sont contre une participation du SPD à un gouvernement de grande coalition, alors que 38% sont pour. Par contre 64% des électeurs de la CDU sont pour que le SPD participe, 28% sont contre.

Situation très mouvante, qui n’est pas sans laisser d’inquiétude

Les Grünen par la voix de Sven Giegold, eurodéputé, demandent au Président de la République de faire preuve de plus d’indépendance par rapport aux partis : « Je souhaite un Président fédéral qui emploie clairement des mots plus durs, qu’il ne donne pas comme signal aux partis : Si vous voulez des élections, et bien vous aurez des élections. Le Président fédéral doit faire preuve de plus d’indépendance par rapport aux partis ». Sven Giegold a mis en garde par rapport à une situation analogue à celle de la République de Weimar : « A l’époque, les cycles où il y avait des changements de gouvernement, devenaient de plus en plus rapprochés ».

Au sein du FDP, des divergences apparaissent à la direction. La secrétaire générale a déclaré qu’elle n’excluait pas de nouvelles discussions exploratoires avec la CDU/CSU et les Verts, ce qui a provoqué une réaction sans équivoque de Christian Lindner, refusant la reprise de ces discussions. Au sein du SPD, une grosse pression s’exerce de plus en plus sur Martin Schulz. Si la direction du parti s’est prononcée contre une grande coalition sans avoir peur de nouvelles élections, la fronde vient particulièrement du groupe SPD au Bundestag.

Beaucoup craignent de nouvelles élections : avec quelle conception du pouvoir, quel programme etc. Schulz devait se présenter comme Président du Parti au Congrès de début décembre. Son élection était assurée. Mais la nouvelle situation le place au centre des critiques. Martin Schulz rencontre ce jeudi le Président de la République qui va tenter de lui faire changer d’avis vu qu’ils sont du même parti. Aujourd’hui, le SPD n’a pas de plan B. Les sondages font du yoyo depuis l’échec, le 20 novembre, d’abord pour les 4 petits partis (Grünen, AfD, Linke, FDP). Die Linke peut aller de 9 à 12% et redescendre à 8,5%. L’AfD peut descendre de 12 à 11%, monter à 14% et redescendre à 12%. Les Verts, qui étaient à 9% le soir des élections, ont depuis leur rôle dans les discussions exploratoires atteint un score à deux chiffres et oscillent entre 10 et 12%.

Alors qu’on prétend, notamment en France, que Merkel a surtout perdue à cause de sa position en direction des réfugiés, les écologistes allemands augmentent dans les sondages depuis les élections en défendant tout particulièrement le regroupement familial et l’accueil des réfugiés, tout en cherchant des compromis qui ne remettent pas en cause leurs valeurs. Les écologistes sorte de cette situation stratégiquement renforcés. Mais un sondage du 22 novembre est particulièrement inquiétant : CDU : 29,2%, SPD : 19,5%, AfD 13,6%. FDP : 13,2%, Linke 8,4%. Grünen : 11,9%. Si cette tendance continue, cela voudrait dire que les deux grands partis, qui sont en dessous de 30% pour la CDU et en dessous de 20%, dévissent. Le FDP augmente et les Grünen sont pratiquement à leur maximum de 12%. Et là, on pourrait parler de crise politique. On peut tous avoir les souhaits que l’on veut pour tel ou tel gouvernement allemand. Au jour d’aujourd’hui il est difficile de dire ce qu’il en sortira. Une émission politique de grande écoute de la 1e chaine allemande, ARD, qui a lieu ce mercredi 22 novembre, a pour titre : « Chaos à Berlin, cherche désespérément Gouvernement ». Le voeu le plus cher est que l’Allemagne soit dotée d’un gouvernement pro-européen, pour que la politique européenne que souhaite Emmanuel Macron en sorte renforcée. Ce que l’on peut dire, c’est que la situation est historique.

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